L'ARBP un exemple de démocratie Array Imprimer Array

Publié par lagazou le 11 septembre 2010

L’ARBP (Association Rungis, Brillat Savarin, Peupliers) a pour objet : « Fédérer tous les groupements, institutions et associations du 13e arrondissement de Paris en suscitant, développant et promouvant le civisme républicain entre les habitants des quartiers Rungis, Brillat et Peupliers ». Depuis sa création, le 17 mai 1998, elle n’a cessé d’agir pour transformer la vie des habitants de ces quartiers : action envers les jeunes, jardin familial, activités culturelles, voyages, pique-niques, vide-greniers, fêtes…

Depuis deux ans, elle porte un grand projet celui d’un centre social sur la ZAC[1] de Rungis, au sud de l’arrondissement. Sur ce terrain de 3 hectares sont prévus un jardin public, une crèche, un EHPAD[2], des locaux d’activité et un équipement de quartier : un centre social et socio-culturel. Voilà ce qu’en dit Jacques Trief, président de l’association.

L’ARBP milite depuis plus de dix années pour la création d’un centre social dans notre quartier et c’est bien au nom de l’association que la demande avait été faite dans un premier temps. C’est parce que nous n’avons pas représenté les habitants que notre projet n’a pas abouti. Aujourd’hui une opportunité de création de centre social est née et nous avons tout fait pour informer nos voisins qu’ils devront le prendre en charge. Nous avons alors choisi d’aller à la rencontre de chacun de nos voisins et de recueillir leurs avis un par un, puis ensuite de créer des ateliers de rencontre où la discussion allait être soutenue par des activités conviviales (construction de ponts en allumettes, jeux, petit-déjeuner…).

Cela fait à peu près deux ans que l’association se pose des questions quant à son rôle dans le quartier. Les événements organisés permettent participation et rencontre mais ce ne sont que des actions ponctuelles qui ne donnent pas la parole à tous. Pour cela il faut interpeller chacun de manière individuelle et non collective. L’Habitant n’existe pas ; il n’y a que des habitants qu’il faut prendre le temps de rencontrer, de respecter si l’on veut qu’ils s’impliquent.

Au sein de l’ARBP nous ne mettons pas en place la « démocratie participative » nous essayons de faire participer, sous des formes diverses, nos voisins à toutes les actions que le Conseil d’administration propose. Nous refusons de parler au nom de nos voisins et en même temps n’acceptons pas qu’ils mettent l’association à leur service. La priorité pour nous est d’initier des actions et de permettre à tous de les enrichir. C’est la participation de chacun qui fait progresser l’ensemble. La démocratie est au bout du chemin. Nous travaillons avec tous les publics. Les plus jeunes ont 4/5 ans et deviennent adhérents de l’association. Dans le conseil d’administration, il n’y a que des voisins (personnes morale ou physique). Le voisinage est très important car il est utile que l’association devienne la chose de tous et pas seulement le lieu de rencontre trimestriel de quelques élites.

Pour moi, faire vivre à un groupe l’expérience de la démocratie est déjà une réussite. À travers toutes nos actions nous essayons effectivement sans le clamer sur tous les toits, de susciter, de développer et promouvoir le civisme républicain entre les habitants. Sur ce plan c’est une réussite. Il ne reste plus aux habitants qu’à s’emparer du civisme républicain et d’imposer la démocratie partout où ils vivent.

Le centre social sera un magnifique révélateur de notre action car depuis qu’il est sur les rails nous n’arrêtons pas de dire qu’il devra être la maison des habitants régie par les habitants pour les habitants. C’est la définition même de la démocratie. C’est un travail de longue haleine qui implique une certaine lourdeur. Il faut accepter de perdre du temps. Une démocratie légère n’existe pas ; il faut accepter une démocratie lourde. La représentation est un travers dont usent et abusent les représentants. Il faut arrêter de penser que les associations représentent les habitants et de parler en leur nom. La vraie démocratie c’est l’addition d’individus, un homme une voix et dans l’idéal, les décisions devraient être prises à l’unanimité de façon à ce que chacun puisse s’y retrouver. C’est l’idée de Rousseau.

Cette démarche s’apprend jeune. Dans les écoles, les coopératives scolaires pourraient être un lieu idéal d’apprentissage du vivre ensemble, un temps de rencontre où encadrants et enfants discuteraient de comment mieux vivre ensemble. Malheureusement la plupart du temps, il n’y est question que d’argent et on y considère les élèves comme consommateurs.

Aujourd’hui on constate amèrement, par l’abstention par exemple, que depuis des dizaines d’années le peuple a été éloigné de la politique et donc du forum et que la démocratie n’est plus de mise. Plutôt que de remettre en cause en profondeur notre système politique, on a tous préféré affubler la « démocratie » de l’épithète « participative » et le tour était joué. On a offert des tribunes à quelques-uns, mais le bâillon est pour la plupart d’entre nous et le pire c’est que le peuple s’habitue au bâillon !…..et les bâillonneurs en profitent bien.

Le score de l’abstention aux dernières élections donne malheureusement raison aux propos de Jacques Trief. Alors autour de nous, dans nos associations, essayons à l’exemple de l’ARBP de faire vivre la vraie démocratie.

Propos de Jacques Trief recueillis par MC Acero

Plus d’informations sur le site de l’ARBP : http://arbp.free.fr/


[1] ZAC : zone d’aménagement concertée

[2] EHPAD : Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes

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